La diplomatie de Félix Antoine Tshisekedi dans les Grands Lacs : l’UDPS Jacquemin Shabani Lukoo rassure !

La diplomatie de Félix Antoine Tshisekedi dans les Grands Lacs : l’UDPS Jacquemin Shabani Lukoo rassure !

Plus que quelques jours nous séparent du grand oral du président de la république Félix Antoine Tshisekedi au congrès pour l’état de la nation. Le président de la république est très attendu sur plusieurs questions politiques, sécuritaire et sociale.

Membre du parti au pouvoir, Maître Jacquemin Shabani est le président de la Commission Électorale Permanente de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social UDPS, il accepté de répondre à nos questions. Considéré comme l’annulaire du Président de la république actuel, c’est-à-dire l’un de ses doigts qui servent à porter la bague de l’alliance mais dont on ne sert pratiquement pas au quotidien, Maitre Jacquemin Shabani, ancien Secrétaire Général de l’UDPS est un homme politique et un avocat constitué des valeurs incontestables, mais qui restent sur le banc de touche. Soro, comme l’appelle les militants et combattants de l’UDPS, est-il sacrifié au nom de l’équilibre géopolitique ou encore pour ne pas heurter certains intérêts obscurs ? De l’État des sièges décrété au Nord-Kivu et en Ituri à la présence des troupes ougandaises en RDC, Maître Jacquemin Shabani s’est livré à cœur ouvert, évoquant la question diplomatique de la sous-région des grands lacs et du processus électoral en cours.

Alors que les populations congolaises restent méfiante à la présence des troupes ougandaises en RDC et que la classe politique est divisé, le gouvernement presque muet, l’UDPS Jacquemin Shabani rassure quant à cette présence et le sens de la diplomatie de Félix Antoine Tshisekedi dans la sous-région : «…le caractère fiable d’un partenaire avec lequel nous avons un passé trouble ne peut ni être décrété ni être présumé. Il nous appartient de nous entourer des précautions pour ne pas être surpris par le même type d’abus dont nous avons été victimes par le passé. »

Des déboires de Moïse Katumbi dans l’Union Sacrée et le démêlé de Matata Ponyo avec la Justice congolaise, le président de la Commission Électorale Permanente du parti de la dixième rue Limete, confiant dans les réalisations du Fatshi et la bonne direction qu’a pris le Chef de l’État pour insuffler un changement au pays, déclare que son parti n’a pas peur de la compétition électorale.

Ci dessous, l’intégralité de cette interview

Canalkin : Bonjour Maître Jacquemin Shabani, le 13 décembre le président de la république se livre à l’avant dernier grand oral de son mandat, du moins pour la dernière ligne avant les élections de 2023. 3 ans après cet exercice l’espoir de l’imposition de la paix à l’est s’envole. L’état de siège, 6 mois après son instauration ne produit toujours pas les résultats escomptés. La paix est-elle possible à l’Est ? À quel prix politique et diplomatique ?

Jacquemin Shabani : Merci de l’opportunité que vous m’offrez de commenter à nouveau l’actualité.  Non seulement la paix est possible à l’Est, mais nous n’avons jamais été aussi près de réaliser cet objectif que nous le sommes actuellement. Il est vrai que le Président de la République n’aime pas invoquer les années de total désordre dont il a hérité pour justifier les difficultés de sa tache mais en matière d’insécurité à l’Est-il n’est pas possible d’évaluer les progrès sans un bref rappel historique. Il y a actuellement une centaine de groupes armés qui écument l’Est de notre pays et aucun de ces groupes n’a été créé sous le règne du Président Tshisekedi. C’est donc une situation dont il a hérité. Le plus redoutable de ces groupes armés, les ADF, contrôlaient une bonne partie du territoire de Beni et de la province de l’Ituri. Les ADF avaient réussi à contrôler des circuits économiques entiers, dont ils avaient fait une économie criminelle. C’était la même chose avec les groupes armés de l’Ituri comme les CODECO. Le Président Tshisekedi devait combattre cette insécurité avec une armée qu’il a trouvée sur place, façonnée par ses prédécesseurs. C’est avec cette armée qu’il a lancé dès sa première année de gestion, la grande offensive qui a abouti au déracinement des ADF des territoires qu’ils contrôlaient. Chassés de leurs bastions, les ennemis sont passés à un mode de guérilla terroriste en s’en prenant aux populations civiles, espérant ainsi aliéner la population de son armée. A ce changement de tactique il fallait adapter la riposte de l’Etat et c’est ce qui a été fait quand le gouvernement a décrété l’état de siège.

Quand l’insécurité est ainsi enracinée et incrustée, elle ressemble à une pandémie qu’il est impossible de soigner sans le bon diagnostic. L’état de siège a justement permis de réaliser ce diagnostic. Nous savons maintenant qu’en dépit des sacrifices exceptionnels et au courage de ses soldats, les FARDC telles qu’elles sont organisées et structurées ne peuvent pas arriver à bout de l’insécurité à l’Est. Nous le savons notamment grâce à l’évaluation de l’état de siège réalisée par la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée Nationale, un exercice sans précèdent si on pense que jusqu’il y a peu, la question de l’insécurité à l’Est était tabou et que les rapports des rares commissions parlementaires sur le sujet finissaient dans les tiroirs du Bureau de l’Assemblée Nationale. Le chef de l’Etat et commandant suprême va entamer une profonde réforme de nos forces de défense et de sécurité. Il l’a promis aux députés des zones sous état de siège en les recevant le mois passé. Il pourra peut-être l’annoncer dans son discours sur l’état de la nation. Mais il ne fallait pas tout suspendre pour les reformes de l’armée. En attendant ces réformes, et toujours en accord avec les élus du peuple, le chef de l’État a autorisé les troupes de l’Ouganda, un pays ami dont les ADF sont aussi l’ennemi, à prêter main forte à nos troupes. Le chemin vers l’éradication totale de l’insécurité à l’Est est encore long. Mais en trois ans nous avons pu réaliser les 3 choses basiques que le Congo avait échouée à réaliser pendant les deux décennies que dure cette insécurité :

1. démontrer une volonté politique claire d’en finir avec les groupes armes ;

2. faire de la question de l’insécurité à l’Est une question nationale et encourager un débat national transparent sur le sujet ;

3. établir un diagnostic sans complaisance qui permettra des réformes nécessaires de nos forces de défense et de sécurité.

C’est grâce au leadership du Président Tshisekedi que nous avons accompli tout cela.

Canalkin : Faire venir les troupes ougandaises en RDC sans l’aval de deux chambres du parlement, est-ce un aveu de l’impuissance des FARDC et de l’échec de l’État des sièges ?

Jacquemin Shabani : Non pas du tout. La constitution n’exige pas l’aval des deux chambres pour une telle opération. Ensuite, la mutualisation de nos forces avec celles des pays amis a été expressément demandée par les députés, spécialement ceux représentant les zones les plus affectées par l’insécurité. Enfin, l’état de siège est soumis à des évaluations régulières tous les 15 jours à l’occasion du vote de sa prolongation au parlement. Il est surtout passé sous le peigne d’une évaluation sans complaisance à la Commission Défense et Sécurité. Cette évaluation a permis d’identifier les limites de l’état de siège et de mettre le doigt sur les faiblesses structurelles de nos FARDC. L’arrivée des troupes ougandaises va nous donner un répit dont nous devrions profiter pour suppléer à ces limites et remédier à ces faiblesses. Il n’est pas question d’échec mais plutôt un besoin de correctif et cela est déjà pris en charge.

Canalkin : Maître Jacquemin Shabani, l’Ouganda est intervenu militairement en RDC lors de deux vagues de rébellion. Les populations congolaises se méfient de leur présence. L’Ouganda est-il devenu un partenaire fiable pour la RDC ?

JS : Les contextes ne sont plus les mêmes. Hier ces troupes étaient venues en appui d’une rébellion, aujourd’hui, elles sont là dans le cadre du mécanisme conjoint de la CIRGL, et donc l’opinion nationale doit comprendre qu’en aidant la RDC à combattre les ADF, l’Ouganda vient en partenaire de le RDC et protège en même temps son propre territoire. Aussi, il est vrai que nous avons eu un passé douloureux avec certains de nos voisins ceci dit le caractère fiable d’un partenaire avec lequel nous avons un passé trouble ne peut ni être décrété ni être présumé. Il nous appartient de nous entourer des précautions pour ne pas être surpris par le même type d’abus dont nous avons été victimes par le passé. 

Canalkin : l’armée ougandaise a lancé des opérations militaires conjointes avec les FARDC, pourtant l’Ouganda détient le cerveau moteur des ADF, Jamil Mukulu depuis juillet 2015 après son arrestation en Tanzanie. L’ougandais n’a jamais extradé ce terroriste en RDC ni organisé un procès public. Quelle sera la facture que la RDC devra payer à l’Ouganda après cette intervention militaire ?

JS : Les ADF sont notre ennemi commun, aux ougandais et aux congolais. Le président Museveni a manifesté sa volonté d’intervenir contre les ADF suite à la série d’attenants terroristes qui ont endeuillé l’Ouganda les six derniers mois. En principe donc, cette intervention est dans l’intérêt de l’Ouganda autant que dans le nôtre et on ne devrait donc pas parler de facture. Quant au chef des ADF arrêté en Tanzanie et qui serait en Ouganda, il est de nationalité Ougandaise, donc il ne peut être extradé en RDC. Son procès aura lieu en Ouganda ou en international.

Canalkin : Au niveau sous régional, les Congolais s’inquiète de la diplomatie et de rapports qu’embrase le Président Félix Antoine Tshisekedi. Des accords avec les Rwanda en plus du village moderne que projette le Président Paul Kagame de Construire dans la périphérie de Goma, l’Ouganda qui s’investit dans la construction de 237 km de routes et le Burundi dans le chemin de fer, … Ces pays qui ont reste le berceau de l’insécurité en RDC sont-ils devenus de partenaires très fiables ? Qui trop embrasse mal étreint dit-on…

JS : D’abord, le Rwanda ne va construire aucun village chez nous et le projet de construction des 237 km de routes est une joint-venture dans laquelle la RDC et l’Ouganda vont participer à égalité de contribution financière. Mais pour répondre à votre question, pendant plus de trente ans (en fait depuis les 10 dernières années du règne de Mobutu), notre pays s’est enfermé sur lui-même, englué dans des querelles intestines et un vide de leadership dont nos voisins ont profité pour nous imposer une gouvernance extravertie et organiser à l’intérieur de nos propres frontières une économie de prédation qui tournait en leur faveur. Le président Tshisekedi a décidé de changer tout cela. Depuis qu’il est aux affaires il s’est évertué à organiser une coopération transparente avec tous nos voisins grâce à des accords signés à la lumière du jour sous le regard de tous. Ces accords touchent au développement des infrastructures de transport ferroviaire, routier, aérien avec l’Angola, le Burundi, la Centrafrique, le Congo-Brazza, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie. Avec l’Angola et le Congo-Brazza nous avons également signe ou sommes en voie de signer des accords dans le domaine énergétique et des ressources pétrolières. Il va des relations entre Etat comme des relations entre humains. Un pays ne peut avoir d’amis permanents ni garder d’ennemis pour l’éternité.

Canalkin : Le peuple d’abord, pour combien de temps encore le citoyen lambda sentira-t-il qu’il est vraiment au centre de la politique sociale de l’actuel président socio-democrate à la tête du pays ?

JS : Beaucoup d’efforts ont été fournis dans ce sens-là, il est évident que l’ampleur du désastre trouvé complique énormément la tache mais aussi la gestion dans un exécutif issu d’une large coalition. Toutes les initiatives comme la gratuité de l’enseignement de base, la baisse des prix du passeport, l’augmentation progressive des salaires des fonctionnaires, la construction et la réhabilitation de certaines infrastructures de bases, la commande des vivres frais et sans oublier la lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics, qui a permis à notre gouvernement de tripler les réalisations des régies financières, sont autant de signaux qui démontrent que le citoyen reste notre préoccupation principale.

Canalkin : Le pouvoir en place s’emploie, selon plusieurs analystes, à désactiver les potentiels candidats aux élections présidentielles : Matata Ponyo, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba. Peut-on vraiment s’attendre à une vraie élection présidentielle inclusive, transparentes et démocratique avec l’UDPS ou les Congolais doivent s’attendre à voter le rouge ou le vert en 2023 ?

JS : Il n’y a aucune exclusion. Le 1er Ministre MATATA a des ennuis avec la justice sur le dossier Bukanga Lonzo, la Cour s’est déclarée incompétente. Quant au Gouverneur Katumbi, il est avec nous à l’union Sacrée, son parti politique occupe des ministères très important de même qu’à l’Assemblée Nationale et c’est de même pour le Chairman Bemba. Cela n’empêche que des candidatures ne manquent pas.

Canalkin : Les évêques catholiques se sont calmés, et souhaitent que la révision de la loi électorale se fasse dans le consensus à l’Assemblée Nationale.  L’UDPS est-elle prête à affronter Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Jean-Pierre Bemba aux élections de 2023 ?

JS : L’UDPS est un parti qui s’est battu et qui se bat encore pour la démocratie à travers des élections libres, donc la compétition ne peut pas nous effrayer. Nous affronterons tous ceux qui seront devant nous. Nous encourageons la position de l’Église, il nous faudra un large consensus pour la réforme de la prochaine loi électorale.

Canalkin : La réduction des comptes, budget 2022, le Premier Ministre n’a pas été capable de mobiliser 12 milliards par an comme il l’a déclaré lors de son investiture. Les mêmes fautes se répètent dans l’exécution de la loi des finances publiques. Delly Sesanga Hipung parle d’une délinquance financière. Êtes-vous du même avis ?

JS : Le 1er Ministre a fait des prévisions alors qu’il a pris ses fonctions en cours d’exercice et vous avez constaté avec moi que le budget 2021 a connu une loi corrective parce que des gros efforts ont été fournis dans la mobilisation des ressources internes et externes. Parler de délinquances financières, il faudrait se poser plusieurs questions : qui a commis cette infraction ? Il faut travailler pour la rationalisation de la gestion des finances publiques.

Canalkin : Congo Hold-up, Félix Antoine Tshisekedi au pouvoir, lutte contre la corruption, Jules Alingete discrédite l’enquête des journalistes qui implique Joseph Kabila et son clan. Y’aura-t-il des poursuites judiciaires ? Jules Alingete jete-t-il ce discrédit parce que des révélations, sur des faits similaires incriminant le pouvoir de Félix Antoine Tshisekedi, sont en téléchargement ?

JS : Je ne sais pas parler à la place de l’Inspecteur Général des Finances, il est expert en finances publiques, à lui d’expliciter le fond de sa pensée. Cette enquête a mis sur la place publique certains comportement et pratiques à bannir si nous voulons vite nous développer. Pour les poursuites c’est à la justice de nous en dire plus et l’avenir nous le fera savoir sinon de ce que je sache aucun proche du Président n’est concerné fondamentalement par cette enquête.

Canalkin : Monsieur Jacquemin Shabani, merci de nous avoir reçu

JS : Merci

Propos recueillis par Alain St. Bwembia

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