RD-CONGO BANKSTERS: QUI VIOLE LE PLUS, PAIE LE MOINS

RD-CONGO BANKSTERS: QUI VIOLE LE PLUS, PAIE LE MOINS

Chaque scandale de détournement des deniers publics ou de corruption qui éclate en République Démocratique du Congo s’accompagne toujours des révélations très gênantes sur l’implication malheureuse de la Banque Centrale du Congo et de certaines banques commerciales privées placées sous son contrôle et sa supervision. Le dernier cas en date résulte du rapport Congo Hold-up qui met en lumière le rôle macabre joué par la Bgfi Bank RDC en tant que plaque tournante d’un braquage inédit de l’argent du contribuable congolais.

Interrogé par les enquêteurs de Congo Hold up, l’inspecteur Général des Finances Jules Alingete n’y était pas allé par le dos de la cuillère en qualifiant la Bgfi d’une banque maffieuse. Une qualification extrêmement grave pour une filiale d’un groupe aussi solide et prestigieux qu’est la gabonaise  Bgfi Bank.

En effet, à l’issue des investigations menées par L’inspection générale des finances concernant un virement frauduleux de 43 millions de dollars américains en faveur de la société EGAL, aussi inimaginable que ça puisse être, la Bgfi Bank a reconnu avoir agi délibérément sans instruction du donneur d’ordre qu’est la Banque Centrale du Congo, et que les fonds n’ont jamais bénéficié à la société EGAL. Un aveu lourd des conséquences. Une approche suicidaire mais ingénieuse qui a tout de même trois avantages très déterminants pour désamorcer la bombe:

Primo, cette manigance coupe l’herbe sous les pieds de l’équipe de Congo Hold-up dont le modus operandi repose sur un postulat précis : retracer de fil en aiguille le parcours sinueux de l’argent public depuis les coffres de la banque centrale jusqu’à atterrir dans les sociétés proches de l’ex Président Joseph Kabila via une banque dirigée par son frère Francis Selemani et détenue à 40% par sa sœur Cadette Gloria Mteyu.

Cependant, l’équipe de Congo Hold-up est tombée dans le piège en s’appuyant sur un ordre de virement de la Banque Centrale du Congo qui se révèle être une preuve falsifiée. Le numéro de compte 40010276015-94 EGAL v/c SÉQUESTRE renseigné sur la preuve brandie par Congo Hold-up était inexistant à la date de l’opération en 2013. C’est bien plus tard, suite à l’instruction de l’autorité monétaire d’uniformiser la syntaxe de tous les comptes bancaires,  que ce numéro est devenu opérationnel en 2017. Par conséquent. la fiabilité de ses sources et la crédibilité de ses allégations prennent un uppercut.

Secundo, en endossant entièrement la responsabilité du détournement des 43 millions, la Bgfi Bank offre une voie royale  à la Banque Centrale du Congo pour s’extirper de ce traquenard et d’établir une fausse déclaration de bilan. Avec la disparition de la lettre ordonnant le virement, seule preuve qui l’incriminait, la comptabilité de la BCC peut alors justifier que l’argent n’a jamais quitté ses comptes. Pathétique!

Tertio, en acceptant de porter seule une croix qui pèse 43 millions de dollars américains, la BGFI permet à la société EGAL de se tirer d’affaires car n’étant plus reconnue comme bénéficiaire du virement frauduleux. D’où la lettre de mise hors cause adressée par l’IGF en date du 16 mars 2021 que la société EGAL exhibe comme un trophée. Scandaleux !

En se résignant à cette version abracadabrantesque sortie des laboratoires d’experts en montages tortueux, même si les motivations cachées d’un tel aveu sacrificiel seront connues un jour, l’esprit critique de tout observateur avisé serait tourmenté par une seule question: comment une banque, filiale d’un groupe réputé sérieux et plusieurs fois certifié ISO, peut pousser l’étourderie jusqu’à débiter sans instructions le compte de la Banque Centrale du Congo, autorité de régulation des banques, et restée impunie depuis pratiquement 8 ans?

Pour consacrer cette ingénierie criminelle et faire avaler la pilule indigeste, c’est le gestionnaire des finances nationales, l’argentier de la république, le ministre des finances en personne qui monte au créneau en cautionnant ce gangstérisme bancaire. Par une déclaration sur les antennes de la radio Top Congo, Il a scellé cette forfaiture en décrétant que la BGFI devrait être protégée afin de préserver l’épargne publique, et de renchérir que ce groupe bancaire dont les avoirs dépassent le total réunis de toutes les banques actives en RDC ne pouvait être mis en difficulté pour quelques dizaines de millions de dollars américains. Il y a de quoi se demander si la taille d’une banque vaut permis de violation de la loi et des pratiques saines de la profession bancaire. Dans un secteur où l’activité repose essentiellement sur la confiance, comment l’épargne publique peut être sécurisée là où l’argent de l’Etat ne l’est même pas? Avec un placement  au taux minimum de 5% l’an, quel serait le rendement des 43 millions de dollars américains détournés par la Bgfi Bank depuis 2013?

Que dire alors de la lourde peine infligée à la Rawbank dans le cadre du procès des 100 jours sur les maisons préfabriquées? Non seulement son Emblématique Directeur Général a été écroué en prison et éjecté de son poste, mais la banque a également dû verser une caution de 35 millions de dollars au profit du trésor public. Deux banques deux mesures?

En ce jour où l’humanité commémore la journée internationale de la lutte contre la corruption, que reste-t-il finalement de la lutte contre l’impunité en RDC ? Quelle sera la place de la lutte contre cette gangrène dans le discours sur l’état de la nation que le Président va prononcer le lundi prochain devant le parlement réuni en palissades ?

On peut tromper une personne tout le temps, on peut tromper tout le monde un temps, mais on ne peut jamais tromper tout le monde tout le temps. Le redressement du Congo ne viendra pas du changement de narratif mais plutôt de la rupture avec un passé caractérisé par la prédation, la délinquance financière et l’impunité.

Stéphane L. MANZANZA

Banquier et Militant Anti Corruption

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